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Interview : Pierre-Yves Marani

Aujourd’hui sur le blog de Terria Films, l’interview de P.Y.Marani, talentueux et scrupuleux musicien bordelais, dont le très réussi premier album « Outline » – disponible en cliquant ICI – ravira particulièrement les sens des amateurs de musique progressive. Les aficionados de science-fiction ne seront pas en reste non plus… Un entretien sincère et instructif. Bonne lecture !

Bonjour Pierre-Yves, « Outline » est sorti il y a quelques mois maintenant et, tu vas nous le confirmer, il a reçu une très bonne presse.  Avec le recul, peux-tu nous expliquer comment tu le perçois aujourd’hui ?

Oui effectivement, je suis assez content de l’accueil de ce premier album, les critiques sont pour l’instant toutes positives et je commence à obtenir des articles et interviews, ce qui est plutôt bon signe. Au final, Il m’aura fallu 6 ans pour arriver à boucler ce projet, ce qui veut dire que les compositions ont à peu près le même age. J’ai donc assez de recul pour en voir les aspects positifs et négatifs. Je pense être arrivé au résultat que je souhaitais, faire un album instrumental crédible qui tienne la longueur. Il y aurait beaucoup à redire sur l’ensemble mais il ne faut pas oublier que j’ai quasiment tout fait tout seul, de la composition au mastering en passant par l’interprétation des guitares, basses et claviers.

Tu peux nous parler des musiciens qui ont participé au projet ?

Le principal intervenant est Xavier Richard qui a fait la batterie. C’est vraiment lui que je souhaitais pour ce poste car c’est un formidable musicien et un ami de surcroit. Son travail, au vu des conditions d’enregistrement, est vraiment excellent.


Vient ensuite Matthieu Gervreau qui joue la basse sur le morceau Ubik. C’est lui aussi un très bon ami et un excellent musicien, tout comme Denis Cornardeau, qui fait un solo de guitare sur le même morceau, et Nicolas Garcia qui intervient sur The rediscovery of man. On trouve aussi Serge Servant au saxophone, qui est le directeur de l’école de musique de Bassens où je donne la majeure partie de mes cours de guitare.

Et enfin Derek Sherinian (Alice Cooper, Kiss, Billie Ydol, Yngwie Malmsteen, Dream Theater, Planet X) dont la participation fut une surprise car je ne pensais pas qu’il accepterait. C’est un claviériste fantastique qui, je l’espère, interviendra sur le prochain album de manière plus importante.

Nous trouvons très intéressante l’idée d’adapter en morceaux de musique instrumentale des grands classiques de la littérature de science fiction. Surtout parce que cela enrichit ton œuvre de thématiques fortes et permet aux morceaux d’être mis en perspective en fonction des livres qu’ils représentent, ce qui n’est pas le cas en général pour ce type de disque (où souvent la forme prend le dessus sur le fond et le sens). De fait, est-ce que tu as composé les morceaux en ayant un œil sur les livres ?

En fait au moment où j’ai commencé à travailler sur l’album, je lisais beaucoup de SF (science-fiction), donc le rapprochement s’est fait assez vite, ce qui m’a permis de donner une direction à l’ensemble du projet. Cependant, je me suis laissé parfois emporter par la musique et j’ai dû modifier certains passages pour qu’ils collent à l’ouvrage. Comme par exemple la fin du dernier morceau Goodbye 1984, qui était plus joyeuse à la base, ou du moins qui clôturait sur une note d’espoir, ce qui n’est pas le cas du livre d’Orwell. J’ai donc revu ma copie en concluant sur quelque chose de plus sombre.
De manière générale, j’ai composé la musique en me basant sur le souvenir récent des ouvrages et non en essayant d’en faire une adaptation stricte.

N’est-ce pas aussi un moyen malin pour transmettre simplement des émotions fortes, celles que tu as eu en tant que lecteur ?

Oui effectivement mais c’est aussi prendre le risque de présenter son interprétation d’une oeuvre et de se heurter aux désaccords ou même à l’incompréhension de certains. J’ai par exemple eu la remarque d’une personne qui ne comprenait pas ce que venait faire un passage latino dans le morceau consacré à 1984.

D’autre part, on imagine que tu as dû faire un « casting » de livres et que la sélection finale n’a pas été simple. Est-ce qu’il existe des bonus – quels romans, dans ce cas ?

Comme je te l’ai dit, j’ai commencé à travailler sur l’album et assez rapidement j’ai vu que les morceaux allaient coller au style choisi, la science-fiction. J’ai donc simplement écouté les idées de départ pour voir à quel livre elles correspondaient le mieux, afin de pouvoir ensuite les développer. Ce qui m’a un peu embêté, c’est de ne pas avoir de morceau pour telle ou telle oeuvre ou auteur. Je pense notamment à Frank Herbert, Cifford D. Simack ou Ray Bradbury. Sans parler de Phillip K. Dick qui aurait mérité un album entier à lui seul !

L’album étant très fouillé, tant dans les compos, les arrangements que dans le rendu sonore, est-ce que tu envisages de l’interpréter sur scène ?

L’album n’a pas été conçu dans cette optique. De plus, la longueur et la relative complexité des morceaux demanderait beaucoup de travail à une équipe de musiciens qui ne se verrait pas proposer énormément de dates. J’ai tenté une ou deux fois de jouer quelques morceaux seul avec des « bandes » mais je n’ai pas été convaincu du résultat. Je pense que ce projet restera « studio ».

D’autre part, est-ce que tu penses déjà à un prochain album ? Peut-être avec des textes cette fois ? Et d’autres influences (musicales et hors musicales) ?

Je suis sur le point de commencer la composition du prochain et il devrait être assez différent du premier, plus rock, plus dynamique. Il devrait y avoir du chant et les structures de morceaux vont être plus simples. Les influences musicales sont plus rock, pop ou hard rock. En terme de production, je vais principalement m’inspirer de Trevor Rabin. Pour les textes, ce sera plus personnel et en rapport avec mes idées et mon vécu.
Ce qui est certain, c’est que j’ai plus de moyens et de musiciens à ma disposition, ce qui devrait me permettre de me rapprocher un peu plus de mes désirs en terme de production.

Peux-tu nous parler de Ubik Mastering ? Tu construis toi-même le studio ?

Ubik Mastering est mon studio de mastering et de mixage. Je le fais évoluer constamment par l’achat de nouveaux outils et depuis 2 ans, je fabrique moi même certains appareils comme des compresseurs ou préamplis… La plupart est visible sur ma page Facebook ainsi que le reste du matériel à disposition.
Je n’avais pas fait le rapprochement entre mes études en électronique et la musique, aujourd’hui c’est une nouvelle passion qui malheureusement prend beaucoup de temps au sacrifice de la pratique de la musique.
Le studio est situé a PAU et est ouvert à toute personne souhaitant faire faire un mastering ou un mixage. L’orientation est clairement professionnelle et l’équipement de grande qualité.

Parlons un peu de cinéma et de ton rapport à l’image. Quels sont tes films de références et pourquoi ?

J’aime beaucoup les films de David Cronenberg et David Lynch pour leur traitement visuel et scénaristique. Stanley Kubrick et Andrei Tarkovski sont aussi des réalisateurs que j’admire. Ils ont été capables de produire des images qui surpassent encore aujourd’hui la plupart des productions. Plus récemment j’ai particulièrement aimé la réalisation du film « Les fils de l’homme » par Alfonso Cuaron. Il finalise son prochain film, Gravity,  qui s’annonce excellent.

Est-ce que tu as pensé réaliser des musiques de films ? Ou de la musique pour d’autres supports audiovisuels (jeu vidéo, publicités, etc.) ?

Oui, j’y ai pensé. Je trouve d’ailleurs que certains morceaux ou passages de mon album pourraient convenir à cela.
Je me souviens avoir fait l’expérience pour un court métrage d’un ami au lycée qui rendait hommage à des films comme Brazil ou 1984. Réaliser une musique originale pour son court m’avait beaucoup plu et avait apporté encore plus de personnalité à son projet.
C’est définitivement une expérience que je souhaite retenter, quel que soit le support visuel.

La question que nous posons toujours : as-tu des héros ou des gens qui t’inspirent en général ?

Musicalement, j’ai un faible pour Roine Stolt et Trevor Rabin en ce moment. L’un parce qu’il produit et fournit un nombre incroyable de morceaux d’excellente qualité et l’autre parce que j’aime sa sensibilité musicale et que la production de l’album « Talk » de Yes est la référence pour mon prochain album.
Pour la littérature et les arts graphiques, je citerai Neil Gaiman et Dave McKean ainsi que Waren Ellis et le grand Allan Moore. Je suis actuellement dans une phase très Comics.

Et pour finir, un coup de cœur ? Un coup de gueule ?

Un film : Les fils de l’homme, avec un train de retard mais je ne l’ai vu que récemment.
Deux CDs : Gossip « Music for men » et Mastodon « The Hunter » , avec ce coup-ci un grand écart !
Un comics : Transmetropolitain, c’est punk et vulgaire, mais avec du fond.
Une série : Superjail , c’est gore et vulgaire, et sans aucun fond !

Pour le coup de gueule, je vais m’abstenir afin de rester calme et ne pas me laisser embarquer par les flots que vont générer l’élection présidentielle qui s’annonce épique de ce point de vue.

 

Visitez le Myspace de Pierre-Yves : www.myspace.com/pymarani

 Écoutez le teaser audio de l’album « Outline » : Teaser Outline

 Et pour commander l’album, consultez la boutique en ligne : boutiquepymarani.angelfire.com

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